Le balafon : le xylophone senoufo, patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO
Par Victor Tseng 曾浩瑜4 min
Chez les communautés senoufo de Côte d'Ivoire (Afrique de l'Ouest, premier producteur mondial de cacao) et des pays voisins, le Mali et le Burkina Faso, le balafon n'est pas seulement un instrument de musique : il fait partie du rythme de la vie. Il est inscrit par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité et, en 2024, il a été inscrit conjointement avec le kolintang, xylophone d'Indonésie, ce qui le rend particulièrement familier aux lecteurs asiatiques.
Facture : un xylophone pentatonique à résonateurs en calebasse
D'après le dossier d'inscription de l'UNESCO, le balafon senoufo, appelé localement ncegele, est un xylophone pentatonique :
| Élément | Description |
|---|---|
| Lames | 11 à 21 lames de bois de longueurs différentes |
| Cadre | Cadre trapézoïdal en bois ou en bambou |
| Résonateurs | Des calebasses de tailles différentes sont suspendues sous les lames ; percées, elles sont recouvertes de membranes de cocons d'œufs d'araignée, qui donnent au son son caractère particulier |
| Gamme | Chaque octave est divisée en cinq intervalles égaux |
| Mailloches | Baguettes de bois terminées par une tête en caoutchouc |
Le balafon se joue en solo ou en ensemble, et les musiciens mobilisent de nombreuses mélodies rythmiques.
Son rôle dans la vie communautaire
Selon la documentation de l'UNESCO, le balafon accompagne les fêtes, les prières dans les paroisses et les bois sacrés, ainsi que la musique funéraire ; lors des travaux collectifs, il sert aussi à donner du cœur à l'ouvrage. Il marque des moments importants comme les rites agraires et les rites de passage à l'âge adulte, et porte la transmission des valeurs, des traditions, des croyances, du droit coutumier et des règles éthiques, procurant aux membres de la communauté, des plus jeunes aux plus âgés, un sentiment d'identité et de continuité.
La transmission est elle aussi très structurée : les apprentis commencent sur des balafons pour enfants, avant de passer, sous la conduite d'un maître, à des instruments de taille normale.
À noter : ce qui précède est la description d'ensemble de cette tradition par l'UNESCO ; les pratiques réelles peuvent varier d'un village ou d'une famille à l'autre. Avant de participer à une cérémonie ou de la photographier, mieux vaut obtenir l'accord des habitants.
Les trois étapes de l'inscription à l'UNESCO
| Année | Session | Contenu |
|---|---|---|
| 2011 | 6e session du Comité (Bali, Indonésie) | Candidature conjointe du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire ; les volets malien et burkinabè sont inscrits, le volet ivoirien est renvoyé faute de consentement des communautés et d'informations d'inventaire suffisantes |
| 2012 | 7e session du Comité (Paris) | Les « Pratiques et expressions culturelles liées au balafon des communautés senoufo du Mali, du Burkina Faso et de Côte d'Ivoire » sont inscrites sur la Liste représentative au nom des trois pays |
| 2024 | 19e session du Comité (Asunción, Paraguay) | Extension aux « Pratiques et expressions culturelles liées au balafon et au kolintang », avec l'Indonésie, en remplacement de l'élément initial |
En matière de sauvegarde, la décision de 2012 relève que toutes les mesures, de la documentation audiovisuelle à la sensibilisation du public, reposent sur la participation des communautés elles-mêmes ; chefs communautaires, musiciens, danseurs et autres acteurs concernés ont participé à la préparation de la candidature et donné leur consentement libre, préalable et éclairé. Le balafon figure dans les inventaires du patrimoine culturel de chacun des trois pays.
La décision de 2024 souligne que le balafon ouest-africain et le kolintang indonésien appartiennent tous deux à la famille des xylophones et présentent des similitudes de matériaux, de forme, de lames, de fonctions, de modes de transmission et de valeurs ; en Indonésie, le kolintang est joué lors de cérémonies religieuses et lié à des valeurs philosophiques, éthiques et esthétiques ; musiciens, artisans, chercheurs et enseignants le transmettent aux jeunes générations par l'éducation, la culture et la recherche. Le Comité a aussi salué cette candidature intercontinentale comme un modèle de coopération entre pays de régions différentes.
En un mot, pour les lecteurs asiatiques
L'inscription conjointe du balafon et du kolintang montre que les traditions musicales d'Afrique de l'Ouest et d'Asie du Sud-Est peuvent dialoguer ; la prochaine fois que vous entendrez un balafon, comparez-le donc aux xylophones asiatiques que vous connaissez.
Sources : UNESCO – Decision 6.COM 13.29 (2011) ; UNESCO – Decision 7.COM 11.21 (2012) ; UNESCO – Decision 19.COM 7.B.58 (2024)
Motif : Motif de poisson des toiles de Korhogo
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