Art africain et goût

Acheter de l'art et de l'artisanat en Côte d'Ivoire : authentification, savoir-vivre du marchandage et documents d'exportation, à l'intention des collectionneurs asiatiques

Par Victor Tseng 曾浩瑜4 min

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En Côte d'Ivoire (Afrique de l'Ouest, premier producteur mondial de cacao), des marchés artisanaux d'Abidjan aux ateliers de tout le pays, on trouve sculptures sur bois, masques, tissus tissés main et toiles de Korhogo. Pour un acheteur asiatique, la vraie question à se poser d'abord n'est pas « est-ce bon marché ? », mais : à quelle catégorie appartient cet objet ? Peut-il légalement quitter le pays ? Et la manière dont je l'achète respecte-t-elle son créateur et la culture dont il est issu ?

D'abord, faire la distinction : artisanat contemporain ou antiquité ?

La loi ivoirienne de 1987 relative à la protection du patrimoine culturel (Loi n° 87-806) fait dépendre les règles de sortie du territoire principalement de la nature de l'objet :

Catégorie Règles d'exportation (selon le texte de la loi)
Biens meubles classés au patrimoine culturel national Exportation interdite en principe ; sortie temporaire autorisée seulement à titre exceptionnel, avec obligation de retour
Œuvres d'art et antiquités (classées ou non) Exportation par un particulier soumise à autorisation préalable, délivrée sous la forme d'un « certificat d'exportation » ; l'État peut exercer un droit de préemption selon les règles prévues
Art moderne et artisanat contemporain Non soumis à l'exigence de certificat d'exportation ci-dessus

La loi prévoit aussi que les biens classés exportés ou que l'on tente d'exporter peuvent être saisis et confisqués au profit des collections nationales.

Autrement dit, une toile de Korhogo fraîchement peinte ou une sculpture tout juste sortie d'un atelier se trouve dans une situation juridique sans rapport avec celle d'un masque présenté comme « centenaire ». Si le vendeur insiste sur le fait qu'un objet est ancien, ou qu'il s'agit d'une pièce authentique ayant servi lors de rites, sachez qu'il peut relever du certificat d'exportation.

Documents et institutions : à qui s'adresser

Le portail du gouvernement fédéral allemand consacré à la protection des biens culturels indique que la Côte d'Ivoire est partie à la Convention de l'UNESCO de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels, et qu'elle a également adhéré à la Convention d'UNIDROIT de 1995 sur les biens culturels volés ou illicitement exportés. Parmi les institutions citées en matière d'autorisation d'exportation figurent le Musée des Civilisations de Côte d'Ivoire, à Abidjan, et le Musée national du costume, à Grand-Bassam. Le site précise aussi que ces informations peuvent être incomplètes ou dépassées.

Par ailleurs, le gouvernement ivoirien a présenté en 2023 un projet de révision de la loi de 1987, visant à renforcer la protection, à alourdir les sanctions et à s'aligner sur les normes internationales ; en 2025, il a également signé avec la Suisse un accord de coopération sur l'importation, l'exportation et le rapatriement des biens culturels, puis adopté en avril 2026 le décret portant ratification de cet accord. La réglementation évolue encore : avant d'acheter un objet de valeur ou susceptible d'être ancien, le plus sûr est de vérifier les procédures en vigueur directement auprès du service du patrimoine culturel du ministère de la Culture ou des musées cités plus haut.

Authentification et marchandage : quelques principes pratiques

Voici des principes à suivre lors d'un achat, et non des règles juridiques locales :

  • Interroger la provenance, pas seulement l'âge : la Liste rouge de l'Afrique de l'Ouest du Conseil international des musées (ICOM) recommande aux acheteurs de vérifier la provenance et les documents juridiques, et de renoncer à l'achat en cas de doute sur la légalité.
  • Reconnaître la valeur des créations récentes : l'artisanat contemporain n'a pas besoin de se faire passer pour ancien pour avoir de la valeur ; une pièce récente dont on peut nommer l'auteur ou l'atelier vaut souvent davantage d'être collectionnée qu'une « pièce ancienne » d'origine inconnue.
  • Marchander avec courtoisie : dites d'abord votre intérêt pour l'œuvre, puis demandez le prix ; faites une offre raisonnable sur un ton posé et, si vous ne tombez pas d'accord, remerciez poliment et prenez congé.
  • Garder une trace : demandez un reçu, notez le vendeur, le lieu et une description de l'objet ; cela vous servira à la sortie du territoire comme en cas de revente.
  • Vérifier les règles du pays de destination : renseignez-vous à l'avance sur d'éventuelles obligations de déclaration ou de contrôle phytosanitaire à l'entrée de votre pays (pour les objets en bois, par exemple).

En un mot, pour les lecteurs asiatiques

Pour acheter de l'art en Côte d'Ivoire, la meilleure habitude de collectionneur est de « se renseigner d'abord, rapporter ensuite » : des documents en règle et une provenance claire font la vraie valeur d'une œuvre.


Sources : Loi n° 87-806 portant protection du patrimoine culturel (CIVLII) ; Kulturgutschutz Deutschland — Côte d'Ivoire ; KOACI — Révision de la loi sur la protection du patrimoine culturel (2023) ; incotedivoire.net — La Côte d'Ivoire ratifie l'accord sur les biens culturels avec la Suisse ; Observatory of Illicit Traffic (ICOM) — Red List of West African Cultural Objects at Risk

Motif : Motif de poisson des toiles de Korhogo

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