Art de vivre

L'Abissa : la grande fête annuelle du peuple N'zima de Grand-Bassam

Par Victor Tseng 曾浩瑜3 min

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La Côte d'Ivoire (Afrique de l'Ouest, premier producteur mondial de cacao) compte de nombreuses fêtes traditionnelles ; l'une des plus connues est l'Abissa, à Grand-Bassam, ancienne ville balnéaire. C'est le nouvel an traditionnel du peuple N'zima (aussi appelé Appolo), et un rituel communautaire de pardon, d'unité et de nouveau départ. Pour qui veut comprendre comment la société locale règle ses conflits, l'Abissa est une excellente porte d'entrée.

Qu'est-ce que l'Abissa ?

Selon les N'zima, l'Abissa est une danse qui leur a été transmise par un génie nommé Afoantchè, pour relier les vivants aux ancêtres et renouveler l'alliance entre le peuple et les génies ; c'est aussi un rite de purification. La communauté N'zima se compose de sept familles, dont la famille Nvavilé, considérée comme celle qui a découvert la danse et qui en est la gardienne. Chaque année, l'Abissa réunit à nouveau les sept familles autour du roi et du tambour sacré.

La fête a lieu approximativement entre fin octobre et début novembre, mais les dates varient chaque année : en 2024, elle s'est tenue du 27 octobre au 3 novembre, tandis qu'en 2025 les festivités publiques se sont ouvertes le 12 octobre. Outre Grand-Bassam, elle est aussi célébrée à Tiapoum et dans plusieurs villages environnants.

Trois temps forts

D'après Fraternité Matin, le cœur de l'Abissa se déroule en trois phases :

Phase Déroulement
Siedu Environ une semaine avant l'ouverture officielle, le tambour sacré Edo-n'gbolé entre en retraite ; de stricts interdits s'appliquent alors, par exemple aucun autre tambour ne doit résonner et aucunes funérailles ne sont organisées
Gouazo L'Abissa est officiellement ouverte au public : la famille Nvavilé remet le tambour sacré au roi des N'zima, qui le confie à son tour à la population, et la fête gagne toute la ville
Ewudolé Le point culminant, aux allures de carnaval, avec défilés en grande tenue, masques et déguisements en tout genre

Pendant la fête, les chefs des familles se réunissent pour exécuter la « danse des chefs », recevoir des bénédictions et implorer des ancêtres la paix et la prospérité. Chaque jour, les habitants défilent en tenues traditionnelles aux couleurs vives ; certains s'enduisent le corps de kaolin blanc, et l'on voit souvent des hommes travestis en femmes et des femmes travesties en hommes.

« Critique sociale » et réconciliation publique

La grande singularité de l'Abissa, c'est qu'elle ménage un temps de parole libre. Pendant cette période, chacun peut dénoncer publiquement, en chanson notamment, les problèmes de la communauté ou son mécontentement envers les dirigeants, et même critiquer le roi lui-même, sans être sanctionné ; les personnes visées sont censées accepter ces remarques et présenter leurs excuses. Ceux qui ont commis des fautes graves peuvent aussi en profiter pour faire publiquement amende honorable et demander pardon à la communauté, tandis que les membres méritants sont honorés publiquement.

Autrement dit, l'Abissa offre chaque année à la communauté une sorte de « solde de tout compte » relationnel : les rancœurs accumulées sont exprimées et réglées, puis tous accueillent ensemble la nouvelle année.

À savoir si vous y assistez

L'Abissa est d'abord un rite religieux et communautaire, et seulement ensuite une manifestation touristique. Les rites liés au tambour sacré comportent des interdits : avant de photographier ou de vous approcher des lieux de cérémonie, mieux vaut demander l'avis d'un guide local ou des organisateurs. Les dates sont fixées chaque année par les autorités traditionnelles ; référez-vous à l'annonce de l'année avant de partir.

En un mot, pour les lecteurs asiatiques

Si vous êtes à Abidjan en octobre ou en novembre, l'Abissa de Grand-Bassam vaut bien une journée : elle montre que la « critique publique » et le « pardon mutuel » peuvent aussi être une forme de sagesse sociale, institutionnalisée et célébrée.


Sources : Fraternité Matin – L'Abissa ou le Nouvel an pour le peuple N'zima Kotoko (2015) ; Le360 Afrique – Quand le pardon et la solidarité prennent des couleurs sacrées (2024) ; AllAfrica – Abissa 2025 (2025)

Motif : Tissage en bandes

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